On déplore aujourd'hui près de 3000 agressions publicitaires par citadin de grande ville. Le chiffre est si colossal que je me suis juré de rester le regard rivé sur le bitume, les fleurs quand il y en a, les troncs d'arbre cerclés de fer blanc, l'eau qui dégouline dans le caniveau, la grise mine des passants. J'ai depuis longtemps des rêves de verts soutenus dans de grands pots de peinture jaune, comme une envie d'originel qui me prend et me grise quand sur les panneaux 4x4 défile la bêtise des slogans illuminés. J'sens qu'ça va pas tarder mon grand départ, même si c'est une fuite. J'assume. J'en peux plus de ce qu'on me force à prendre, je ne veux plus être manipulé, brinqueballé dans des désirs que je n'avais pas et qui maintenant me taraudent. Si je reste ici, je continuerai à gober leurs produits trafiqués. Je continuerai à croire que mon bonheur est dans la consommation, je continuerai à m'oublier au profit du gadget dernier-cri qui me rappelle à quel point ma vie n'a aucun sens dans une telle société. J'ai envie d'espace et d'air pur. Comme tout le monde. Ca va pas tarder, c'est sûr, j'ai fait un voeu.