01/01/07
Changement de ton
Bon, on a vu que dehors c'est pas terrible. Il y a des milliers de choses à faire et la plupart dans l'urgence, comme Nicolas Hulot se plait à le clamer bien haut, histoire de nous foutre une bonne trouille salutaire pour nous réveiller. Bon, le monde va comme il va, c'est pas terrible-terrible mais c'est comme ça. Et ça me lasse d'écrire des horreurs. Ca m'a toujours agacé d'ailleurs. Parce que je sais que tout est comme il faut, et qu'à ma manière je participe à son amélioration. J'ai un coeur énorme, je suis gentil et sais être brutal, le tout dédié à rendre la vie meilleure.
Ce qui m'a toujours le plus interpellé dans les catastrophes que nous traversons, c'est leur effet miroir sur l'humanité toute entière : nous détruisons la terre, nous nous détruisons ; la dépression est la maladie du siècle, l'humanité déprime et se bourre de comprimés pour voir des éléphants roses. Tout ce qui se passe dehors se passe aussi dedans, en chacun d'entre nous qui la formons. Tout est miroir sur notre terre, nous projetons nos inconscients. Et cette découverte aux fantastiques répercussions m'intéresse au plus haut point. Tout vient de nous, suffirait juste de se pencher à l'intérieur pour que tout aille mieux dehors. L'humanité a donc besoin dare-dare d'une bonne psychanalyse. Et ça, je trouve ça vachement marrant à imaginer.
Des vérités très bonnes à dire
" Nous sommes toujours des hôtes sur cette terre, avec l'austérité que cela implique. L'austérité est plus profonde que le renoncement des possessions. Ce mot d'austérité a été spolié par les moines, les ermites, les sannnyasi. Il n'avait pas de sens là-haut, dans la solitude des choses, des multitudes de pierres, de petits animaux, de fourmis. Et dans le lointain, au-delà des collines, la grande mer brillait, étincelait. Nous avons scindé la terre comme si elle nous appartenait - votre pays, le mien, votre drapeau, son drapeau, la religion d'ici et celle de l'autre, là-bas. Le monde, la terre est divisée, en morceaux. Nous nous battons et nous disputons pour la possession, et les politiciens exultent de pouvoir maintenir cette division, sans jamais considérer le monde comme un tout. Ils n'ont pas l'esprit global. Jamais ils ne ressentent ni ne perçoivent l'immense potentiel de n'avoir pas de nationalité ni de division. Ils ne s'aperçoivent jamais de la laideur de leur pouvoir, de leur position, de leur sentiment de supériorité. Ils sont comme vous et moi, mais ils occupent le siège du pouvoir avec toute la mesquinerie de leurs désirs et de leurs ambitions. Ainsi, ils assurent la survivance d'un comportement " tribal " que l'homme a toujours eu à l'égard de l'existence. Ils n'ont pas l'esprit libre de tout idéal ou idéologie, l'esprit qui dépasse les divisions entre les races, les cultures, et les religions que l'homme a inventées. Les gouvernements seront nécessaires tant que l'homme ne sera pas sa propre lumière, tant qu'il ne mettra pas de l'ordre et de l'affection dans sa vie quotidienne, et qu'il ne portera pas un soin attentif à son travail, à ses observations, à son apprentissage. Il préfère être dirigé dans ses actes, comme il l'a été depuis toujours, par les anciens, les prêtres, les gourous. Et il accepte les ordres de ceux-ci, leurs curieuses pratiques destructrices, comme s'ils étaient des dieux incarnés, comme s'ils connaissaient toutes les conséquences de cette vie si extraordinairement complexe.
J. Krishnamurti
Dernier Journal
Vendredi 11 mars 1983
