" Une cause nationale à ne pas négliger " Robert Badinter

PARIS (Reuters) – " Un manifeste soutenu par de nombreuses personnalités et des organisations de gauche demande aux candidats à l'élection présidentielle de 2007 une profonde réforme de l'univers des prisons françaises, dont l'état est jugé unanimement dramatique. Ce document, publié mardi, fait suite à un long processus baptisé "États généraux de la condition pénitentiaire" conduit par l'Organisation internationale des prisons (OIP) à partir notamment d'une consultation de 20.000 détenus et personnels du monde pénitentiaire cet été. "

Aujourd'hui, encore, la prison n'est donc pas un purgatoire mais un enfer. Aucun salut à chercher, il s'agit bien d'une punition, non expiatoire.

Après la peine de mort, " nouvel Hulot des droits de l'homme " selon Frédéric Beigbeder, l'ancien ministre de la Justice socialiste Robert Badinter repart au créneau : " il faut y recourir le plus rarement possible ". Les 57 612 prisonniers actuellement incarcérés, dont un tiers souffrirait de maladies psychiatriques tant les conditions sont effroyables, ont droit au respect de leur dignité : " un détenu demeure titulaire de ses droits fondamentaux et doit pouvoir les exercer ". Aujourd'hui, nous lui montrons en l'enfermant qu'il n'en a plus aucun. Et tout irait bien s'ils ne devaient en sortir un jour, dégoûtés et sans espoir. Foyer de récidive, la prison fabrique ainsi des délinquants. Qui en effet ne péterait pas les plombs après quelques mois dans un tel enfer hanté des pires démons, missionnaires intégristes, trafiquants, maffieux et autres pervers ?

Robert Badinter remonte à cheval, il est donc temps de nous pencher sur une grosse verrue bien embêtante, qui défigure notre réputation de chantres des droits de l'homme. Jusqu'où punir nos criminels ? La prison est-elle la seule solution ? Que faire d'eux ? Leur laisse-t-on une chance de réinsertion ? En veulent-ils vraiment ? Et cette femme qui pleure son mari assassiné ? Et cette autre son enfant kidnappée, violée, torturée, et poignardée ? Jusqu'où peut aller notre pardon ? Le débat est désormais ouvert sur la place publique et Robert Badinter nous ouvre la voie, comme à son habitude, pour un dernier tour de piste probablement : " l'abolition de la prison, nous ne la verrons pas. Travaillons avant au changement des conditions ".

Pourquoi aujourd'hui ? Les conditions sont-elles réunies pour en finir avec la loi du talion ? Nous le verrons dans les mois qui viennent. En tout cas, c'est un très bon signe, car on apprend toujours de ses défauts. L'apprentissage par l'erreur, c'est ce que nous maîtrisons le mieux.